George Russell a remporté le Grand Prix du Canada au terme d'une course qu'il a globalement maîtrisée, mais dont la fin a failli tout bouleverser — pas à cause de lui. C'est le drame entre les deux McLaren qui a écrit le dernier chapitre de l'après-midi à Montréal.

Parti depuis la pole position qu'il avait arrachée à Max Verstappen de 160 millièmes la veille, Russell a parfaitement géré son départ et installé un rythme que le Néerlandais n'a jamais réussi à briser. Derrière eux, Kimi Antonelli a réalisé quelque chose de remarquable dès le premier virage : le rookie romain de 18 ans, partant quatrième, a doublé Oscar Piastri dans le premier enchaînement et s'est installé en troisième position — place qu'il n'allait plus quitter.

Une course à deux arrêts, une gestion sans failles

La tactique des trois équipes de tête était identique : deux arrêts sur pneus durs. Russell a réalisé un départ parfait, suivi de Verstappen, et n'a jamais été sérieusement inquiété pour la victoire. Red Bull a tenté de le prendre au jeu de l'undercut dès le tour 13 — rentrer plus tôt pour ressortir sur des pneus plus frais et récupérer la position avant l'adversaire — mais Mercedes a répondu dans la foulée au tour 15, et Russell est ressorti devant. À mi-course, l'écart entre lui et Verstappen était de l'ordre de quatre secondes. La hiérarchie n'a plus bougé en tête.

Russell a complété son hat-trick en signant le meilleur tour au 63ᵉ passage, en 1:14.119. C'est son quatrième succès en Formule 1, et le premier de Mercedes au Canada depuis 2019.

Derrière, Piastri a tenté toute la course de revenir sur Antonelli, sans jamais y parvenir. Le jeune Italien a tenu — avec une régularité assez impressionnante pour un pilote à son dixième Grand Prix. À 18 ans, 9 mois et 21 jours, il est devenu le troisième plus jeune pilote à monter sur le podium en F1, derrière Verstappen lui-même et Lance Stroll.

L'incident McLaren

La course aurait pu se terminer proprement. Elle s'est terminée sous voiture de sécurité, à cause d'une erreur que Norris a immédiatement reconnue.

Parti septième après des qualifications compliquées, Norris avait remonté le peloton sur une stratégie légèrement décalée et revenait très fort sur Piastri dans les derniers tours — les deux McLaren bénéficiant du DRS l'une sur l'autre, ce qui rendait la situation électrique. Au tour 66, ils s'échangent les positions à plusieurs reprises dans le secteur des virages 12 et 13. Au tour suivant, Norris tente de passer par la gauche, part deux roues dans l'herbe, et son aileron avant vient percuter la roue arrière de Piastri. L'aileron se détache, roule sous la McLaren de Norris, qui perd le contrôle et va dans le mur.

Sur la radio d'équipe, Norris a reconnu immédiatement : "Tout de ma faute. Bêtise de ma part." La voiture de sécurité est sortie à trois tours du terme. Piastri a conservé la quatrième place, et la course s'est terminée en file indienne derrière la safety car — Russell, Verstappen, Antonelli.

Un détail qui mérite d'être mentionné : Lewis Hamilton a percuté une marmotte en début de course, endommageant sérieusement le fond plat de sa Mercedes — ce qui explique sa sixième place finale, loin de ce que la W16 aurait dû permettre sur ce circuit.

Ce que ça change au championnat

Piastri conserve la tête avec 198 points, soit 22 longueurs d'avance sur Norris (176) et 43 sur Verstappen (155). Russell remonte à 136 points. Au constructeurs, McLaren (374 points) devance maintenant Mercedes (199) et Ferrari (183), Red Bull pointant à 162. 

La victoire de Russell confirme que Mercedes a trouvé quelque chose sur sa W16 — une voiture qui, sur ce type de circuit semi-permanent avec de longues lignes droites, peut battre Red Bull. Ce n'est pas encore systématique, mais ce n'est plus une surprise non plus.

Pour McLaren en revanche, la journée a un goût amer. Piastri creuse l'écart sur Norris, mais pas de la façon dont l'équipe l'aurait voulu.