Le lundi n'est pas un jour de course habituel en IndyCar. Mais celui du 21 juillet 2026 va rester dans la saison d'Alex Palou pour un moment : 5e victoire de l'année, 24e de sa carrière, et 83 points d'avance sur David Malukas à six courses de la fin. Tout ça à cause de la pluie de dimanche, et d'une chaleur déjà suffocante la veille, qui avait forcé les organisateurs à couper la distance de 300 à 225 tours. Le Borchetta Bourbon Music City Grand Prix presented by OnlyBulls s'est finalement couru sous un soleil de plomb sur le béton de Nashville Superspeedway, avec une piste qui frôlait les 60°C.
Dans ces conditions-là, gagner ne suffit pas à raconter ce qu'a fait Palou. Il a surtout géré la course comme quelqu'un qui n'a plus rien à prouver, et ça fait de lui, un peu plus chaque week-end, le favori logique pour un 4e titre consécutif. Un record en NTT INDYCAR SERIES, si ça se confirme.
Kirkwood en pole, Malukas sur civière
Samedi avait mal commencé. David Malukas, 2e au championnat, s'est sévèrement crashé en essais libres et a fini la journée à l'hôpital. Autorisé à reprendre les essais du soir, il n'a même pas tenté sa qualification et est parti dernier, 25e, le lendemain.
Pendant ce temps, en qualifications, Kyle Kirkwood (#27, Andretti Global) crée la surprise et prend la pole devant Josef Newgarden, pas n'importe qui sur ovale, puisque l'homme a remporté 13 des 30 dernières courses sur ce type de circuit. Kirkwood tourne à 196,852 mph de moyenne sur ses deux tours, avec un premier tour à 197,382 mph, le seul de la session à passer cette barre. C'est sa 2e pole sur ovale en carrière, et la 2e à Nashville après 2024. Newgarden se qualifie juste derrière (196,642 mph), McLaughlin 3e, Palou 4e. Rien qui annonçait encore une course à sens unique.
Trois cautions, une décision qui a tout changé
En début de course, Palou n'était pas franchement à l'aise. Sa voiture ne lui plaisait pas dans le trafic, et le béton surchauffé rendait la gestion des pneus compliquée pour tout le monde. Puis il y a eu le tour 123.
Le pilote Chip Ganassi rentre aux stands trois dixièmes de seconde avant la fermeture de la pit lane. Au même moment, Scott Dixon (#9) et Alexander Rossi (#20) se percutent et provoquent la 2e neutralisation de la course. Newgarden, Kirkwood, McLaughlin et Rinus VeeKay, encore en piste, n'ont pas eu cette chance : ils doivent attendre la réouverture des stands. Palou ressort en tête au tour 131. Il n'en bougera plus jusqu'au drapeau.
On peut appeler ça un undercut réussi, mais ici, le timing a fait autant que la stratégie. Ce qui reste, en revanche, c'est que l'ingénieur Julian Robertson avait préparé une voiture assez rapide pour que Palou puisse en profiter jusqu'au bout, ce qui n'était pas garanti.
Le pari des pneus durs
Le dernier acte de la course s'est joué sur un choix de gomme. Entre 40 et 47 tours de l'arrivée, Newgarden, Rosenqvist et Malukas optent pour les Firestone Firehawk alternatifs, plus tendres, plus efficaces au départ, mais qui tiennent moins bien la distance. Palou et son stratège Barry Wanser font l'inverse et partent sur les pneus primaires.
Après la 3e et dernière neutralisation au tour 194 (Dennis Hauger, le rookie, tape les barrières au tour 181), il reste 31 tours à courir en une seule relance : Palou sur primaires, Newgarden sur alternatifs. Sur le papier, ça sentait plutôt bon pour Newgarden. Dans les faits, Palou a passé une quinzaine de tours à le maintenir entre 2 et 6 dixièmes derrière lui, sans jamais paniquer. Et puis le trafic est arrivé, et c'est là que la différence de pneus a vraiment payé : pendant que Newgarden devait pousser pour compenser la dégradation, Palou n'avait qu'à gérer.
Victoire par 0,8731 seconde. « It was a close battle there with Newgarden. I was flat-out for the last 30, 35 laps. Just awesome to win here », a-t-il confié à l'arrivée.
Malukas, de l'hôpital au podium
S'il y a un vrai coup de théâtre ce jour-là, c'est David Malukas. Parti 25e après une journée qui avait commencé aux urgences, il remonte en tête de course dès le tour 33 grâce à une stratégie alternative : il reste en piste pendant que les autres s'arrêtent. Il prend l'avantage sur McLaughlin avec près de 2 secondes d'écart. Et puis la même caution qui sourit à Palou le piège complètement : il passe la pit lane juste après sa fermeture et retombe 14e au restart du tour 139.
De là, il doit tout reconstruire. 4e au départ de la dernière relance, il ramène quand même sa Verizon #12 sur le podium. « I've never driven so hard in my life », dit-il au micro, et pour une fois, la phrase toute faite d'après-course sonnait vraie. McLaughlin termine 4e, Rosenqvist 5e, confirmant une saison solide pour le vainqueur de l'Indy 500 2026 chez Meyer Shank Racing.
Ce que ça change au championnat
83 points d'avance à six courses de la fin, ça ne se rattrape pas facilement. Une victoire vaut 50 points en IndyCar, Palou a donc plus d'une course complète d'avance sur Malukas. Et il vient encore une fois de démontrer qu'il gagne sur ovale, sur route, et dans des conditions qui n'arrangent personne.
Prochain rendez-vous : le OnlyBulls Grand Prix of Portland, le 9 août, sur un circuit routier qui devrait plutôt convenir aux Honda de Chip Ganassi. Ensuite, six courses en cinq week-ends pour boucler la saison, un vrai sprint final.
La question n'est plus vraiment de savoir si Palou sera champion. C'est plutôt de savoir à quel point cette domination va marquer l'histoire du championnat. Quatre titres d'affilée, ce serait du jamais-vu en IndyCar. Et à voir comment il gère chaque week-end depuis trois ans, sans excès, sans esbroufe, Nashville n'est qu'une confirmation de plus.